Le Tao Lu 套路
Définition du Tao Lu
Le terme taolu signifie « la voie des séries » , le chemin menant à la maîtrise de l’art martial.
Un taolu est un enchaînement de techniques, appeler dans les arts martiaux japonais Kata. Le mot taolu est composé de deux mots :
- Tao : représente un principe philosophique, plus précisément la force fondamentale qui « coule » en toutes chose dans l’univers, vivantes ou inertes. Ce terme signifie également un enchaînement de mouvements.
- Lu : désigne les exercices permettant d’atteindre la maîtrise.
Les taolu ont été « créé » dans un but pédagogique pour le corps et l’esprit du pratiquant. Le secret de l’apprentissage d’un taolu est la répétition, qui n’a jamais entendu qu’il fallait répéter son taolu 10.000 fois pour commencer réellement à le comprendre ? Ce chiffre n’est pas le fruit du hasard, certes il faut répéter les taolu mais ce chiffre a une signification, il s’agit des 10.000 êtres de Laozi ou Lao-tseu .
Origine du Tao Lu
A l'origine, dans la société primitive (environ 16 siècles avant JC), le combat est une nécessité vitale. L'homme se bat à la fois contre les animaux sauvages et contre ses congénères. C'est ainsi qu'il apprend à attaquer avec les poings, les pieds, à esquiver, à parer, à rouler ...Il fabrique aussi des armes avec du bois et des pierres. Il se bat seul ou en groupe. Au cours de cérémonies rituelles, on danse pour s'accorder la protection magique des divinités, le plus souvent pour la chasse ou pour la guerre. On reproduit alors tous les mouvements de combat pour soumettre la nature ou l'ennemi, et aussi pour s'entraîner. De même, après la victoire, l'homme primitif aime manifester sa joie, en reproduisant les mouvements qui l'ont mené à la réussite. De nombreuses fêtes et réjouissances sont organisées pour exhiber la force, la puissance et le prestige du groupe. De là sont issues les premières formes simplifiées de taolu, distinctes du combat lui-même.
Le lien étroit entre le taolu de Wushu (les arts martiaux) et le Wutao (la danse) transparaît dans leur nom même, par la racine commune Wu. Wu signifie : bouger, jouer dans l'harmonie et dans la joie. Ces danses guerrières permettaient parfois de remporter la victoire en dernière extrémité, comme on le décrit dans le livre Shang Hai Jien. L' auteur raconte l'histoire d'une bataille entre deux clans. Les vaincus se font couper la tête par les vainqueurs. Qu'importe ! Les décapités se fabriquent une tête en figurant les yeux avec leurs mamelons, et la bouche avec leur nombril. Ils se mettent ensuite à interpréter une danse guerrière et font ainsi fuir l'ennemi ! Cet évènement constitue le premier "bourgeon" du taolu. Au fil des dynasties Xia (-2000 av JC), Shang (-1700 à -1100 environ) et Zhou (-1100 à -222) le taolu devient une entité distincte : exercice de santé physique, démonstration de force, ...et se structure avec les premiers véritables enchaînements. Pendant la période des Royaumes Combattants, la danse des arts martiaux se pratique comme spectacle, comme loisir, comme exercice de santé, ou encore pour la compétition. Ce dernier aspect se développe sous la dynastie Qin (-221 à -206) sous des formes diverses : chin na, épée, imitation de mouvements d'animaux (singe, cheval), homme ivre, armes, en individuel et en combat combiné... A la fin de cette période, on raconte que la femme du roi Pa Wan, Yu Ji, apprenant sa défaite, prit une épée et l'utilisa pour exprimer sa tristesse. C'est là une autre forme de danse des arts martiaux.
Sous la dynastie Han (206 à 220 av JC) l'épée prend un essor particulier. A cette époque, le Docteur Hua Tou crée les formes des 5 animaux qui font partie des formes simples. Il s'inspire des techniques de Tao Yin (ou Qi Gong). Il s'agit d'une gymnastique énergétique, dont l'objectif est d'améliorer la santé, sans intention de combat. Cependant, ces exercices vont influencer profondément le domaine des arts martiaux. En effet, on s'est rendu compte que les capacités physiques et psychiques des animaux leur donnaient des aptitudes particulières à se défendre. C'est pourquoi les taolu ont imité leurs mouvements, afin d'améliorer et diversifier les techniques de combat (habileté du singe, hardiesse du lion, ruse et rapidité du serpent, puissance du tigre...)
Sous la dynastie Tang (618-907) les techniques deviennent plus subtiles, plus fines, et mieux structurées. Les arts martiaux sont étroitement liés aux autres arts : peinture, calligraphie, danse... et acquièrent un esthétisme raffiné.
Sous la dynastie Song (960-1279), apparaissent les premiers écrits d'exercices à mains nues, de poing, d'épée, lance, sabre, fouet, chaîne à 7, 9 13 morceaux...Les taolu deviennent très complexes et spectaculaires, mettant en scène parfois plus de 100 acteurs.
Sous la dynastie Yuan, les styles à mains nues atteignent un haut niveau. Les exercices individuels de poing (appelés Ta Chuan) sont très développés et si répandus que l'expression "faire Ta Chuan" signifiait faire des exercices. On commence à organiser des examens de taolu.
Sous les Ming (1368-1644), la Chine connaît à nouveau des problèmes de frontière qui donnent lieu à de nombreuses guerres. L'état a besoin de vrais combattants. On revient à un style de Kung Fu plus concret, plus efficace, plus puissant que sous les Song. Les exercices servent d'entraînement pour l'armée. On écrit des ouvrages de théorie, de logique de combat, qui servent de base d'enseignement.. Au XVIème siècle ceux-ci influencent également les arts martiaux japonais. Les styles se diversifient et s'améliorent toujours : tao de sabre, lance, épée, tao du singe, du cerf, du tigre, de l'ours, de l'oiseau..., techniques d'équitation, techniques à mains nues, chin na. La liaison entre les mouvements est de plus en plus subtile, raffinée..., les déplacements de plus en plus complexes. Il y a des compétitions de Wushu, individuelles ou à 2 pratiquants. La vitesse, la force, la précision et la coordination permettent de déterminer 10 grades de compétence. Les taolu de bâton du temple de Shaolin deviennent réputés et sont consignés dans des livres théoriques.
La dynastie Qing (1644-1912) voit la naissance des taolu de techniques internes, affinant les techniques externes pratiquées jusque là, grâce à une autre manière de mobiliser l'énergie (le Qi). Cet approfondissement de la connaissance et de la pratique des arts martiaux se réalise grâce à l'interpénétration du Wushu par la médecine et les philosophies taoïste, confucianiste et bouddhiste. Les principes d'alternance Yin Yang, les 5 éléments, le Yi Jing...représentent les fondements du Taïchi (naissance du style Chen), du Bagua, du Xin Yi. A côté des styles internes sont reconnus les taolu de style externe : Nord (Cha-Hua-Hong-Pao), Sud (Yangchuan-Hon-Lio-Tsaï-Li-Mo) et Shaolin.
En 1949, se constitue la Fédération chinoise de Wushu, qui regroupe tous les styles d'arts martiaux, internes et externes. Mao ayant interdit les combats, contraires à l'idéologie communiste, les taolu prennent la première place dans la pratique du Wushu. Les compétitions s'organisent par catégorie d'âge (enfants, adolescents, adultes), de sexe, de styles, individuelle et collective, professionnelle ou amateur. De nombreux ouvrages définissent les règles précises de jugement en compétition. Pour le Taïchichuan, le Nanchuan (style créé pour regrouper toutes les caractéristiques des taolu de style Sud) et le Chanchuan (regroupant toutes les caractéristiques des taolu de style Nord) l'organisation des mouvements est libre mais l'enchaînement doit faire apparaître clairement les fonctions des mouvements. Par la suite, sont créées des écoles et des universités consacrées aux arts martiaux. Aujourd'hui le taolu compte d'innombrables adeptes dans tous les pays et les compétitions ont pris une dimension internationale.
Les taolu ont été organisés pour des pratiques à mains nues ou avec arme, en exercices individuels ou collectifs. Ils sont codifiés en : -taolu pour technique de poing, comprenant des exercices à mains nues pour une seule personne, appelés Chuan Shu .en styles externes : Chanchuan, Nanchuan, Chiang Xin Chuan .en styles internes : Taïchichuan (Chen, Yang, Wu, Wu, Sun), Xing Yi Chuan, Paquachuan -taolu pour armes, comprenant des exercices à mains armées pour une seule personne : .armes courtes : épée (pratiques internes et externes) sabre, poignard (technique externe) .armes longues : lance, bâton (pratiques internes et externes) hallebarde (externe) .armes doubles : double sabre, double crochet, double lance, double chaîne (externe) .armes souples : triple bâton, fouet à 9 articulations, chaîne à boule dite étoile filante -taolu pour combat combiné à 2, comprenant des exercices : .mains nues contre mains nues avec les techniques Ti, Ta, Sue, Na .armes contre armes avec les techniques Pi (fente droite), Kan (fente oblique), Ti (attaquer), Tse (piquer), Qua (prendre à revers), Jie (intercepter, couper), Gue (dévier), Dang (protéger) .mains nues contre arme : ici tous les cas de figure sont possibles -taolu pour des exercices collectifs de plus de 4 personnes concernant la boxe, les armes, et mains nues contre armes.